HOMMAGE - Regis Samba-Kounzi
HOMMAGE
Cette série photographique interroge la lutte contre le sida en Afrique francophone, tout en rendant hommage à Malick Sidibé (1935-2016), un des illustres pères de la photographie.

Face à l’objectif, à visage découvert ou caché, nous avons tous décidé de témoigner, car prendre la parole permet d’expliquer notre réalité, de revendiquer notre dignité et notre humanité, notre droit à la vie et, à terme, de changer les choses.

Nous, militant.e.s sommes les communautaires de la lutte contre sida. Femme ou homme, nous sommes jeunes et vieux. Nous sommes aussi des personnes séropositives ou séronégatives, hétérosexuelles, homosexuelles ou bisexuelles, intersexes, transgenres, non-binaires, cisgenres ou en situation de handicap ; mais aussi des personnes se prostituant, consommant des drogues injectables, ou encore des migrant.e.s. Nous sommes africain.e.s. Nous sommes exposés au virus mais déterminés à avoir accès à la santé.

Nous incarnons l’espoir de la fin du sida : qui mieux que nous peut exprimer les besoins de nos communautés ? Améliorer le dépistage, trouver les personnes qui se cachent à cause de la stigmatisation, maintenir les personnes dans le soin pour éliminer la transmission du virus, etc.    Nous maîtrisons un savoir-faire efficace contre l’épidémie et nous le diffusons autour de nous pour être plus forts.
Nous militons pour que les gouvernements et les institutions internationales généralisent les procédés avant-gardistes que nous défendons, qu’ils financent les innovations et les luttes contre les discriminations que nous portons.

Et, c’est aussi à travers la photographie, outil puissamment politique, que nous interpellons tout le monde. Ces images ont été prises entre 2018-2019, à Bamako, Marrakech, Bujumbura et sont un hommage au photographe portraitiste malien Malick Sidibé, qui dans les années 1960, a saisi avec fidélité et tendresse, les rêves et les espoirs d’une population qui se libérait du joug de la colonisation. Le grand maître malien du portrait à Bamako est alors Seydou Keïta qui photographie à la chambre 13x18 les élégantes de la capitale et leurs familles. La clientèle du studio de Malick est populaire, elle vient de partout. A travers ses portraits studio, celui qu’on appelle « l’œil de Bamako » n’illustre pas seulement l’authenticité et la soif de liberté des maliens, mais bien celle de toute l’Afrique, d’une Afrique décomplexée. L’hymne national malien à l’accent panafricain donne le ton : « Pour l'Afrique et pour toi, Mali ».

C’est dans cet esprit que nous souhaitons, à notre tour, montrer la beauté, la fierté et la résistance d’une population en proie au sida, cette autre guerre particulièrement dévastatrice dans l'Afrique francophone depuis les années 1980 et jusqu'à aujourd'hui.

Ensemble, du sud au nord, nous luttons pour la fin de l’épidémie et pour nos droits ; nous luttons pour que seul notre courage soit contagieux.
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