MOLENDE - Regis Samba-Kounzi
MOLENDE
Les questions que je me suis posées s’inscrivent fondamentalement dans une quête personnelle sur l’identité : Comment l’Afrique en est-elle venue à rejeter son homosexualité et sa transidentité ? Dans quelle mesure ce rejet, subi par les uns, encouragé par les autres, définit nos relations au quotidien, notre perception de l’autre et la place de chacun dans la société ? Quelles sont les conséquences de cette ostracisme ? Comment survit-on aujourd’hui en Afrique francophone quand on est une personne homosexuelle ou trans ? Que dit ce mépris de l'humanité de chacun ? A qui profite cette explosion de douleur ?

Face à ce que j’estime être un lavage de cerveau généralisé, mes interrogations deviennent un véritable moyen d’être au monde et de résister face à un système idéologique dont l’injonction est de dénier, inférioriser, déshumaniser des personnes qui n’ont pour seul tort que leur identité sexuelle ou de genre. D'ou le caractère éminemment politique de ces questionnements. Il s’agit ici pour moi de nous montrer sans ce misérabilisme qui accompagne constamment nos représentations. Je photographie des personnes avec qui je partage une expérience et un vécu. Des visages, des regards, l’image de soi, l’intemporalité et l’amour. Et je dénonce des pratiques, des comportements et l’absence de mémoires.

Med Hando (1936-2019) disait : « Il y a un tel syndrome de colonialisme dans nos têtes que même la solidarité nous est interdite. »

Pour ma part, je pense que l’homophobie et la transphobie ne sont que de pures constructions, une manipulation, une aliénation. Je m’interroge et nous interroge collectivement sur notre propre présent en le déconstruisant à travers une perspective panafricaine.

Je me demande surtout quand ce terrorisme va-t-il enfin prendre fin ?


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" Ce ne sont pas nos différences qui nous divisent. C'est notre incapacité à reconnaître, accepter et célébrer ces différences." Audre Lorde



moléndé, pl. milende : détermination, énergie, volonté farouche
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