INSIDE - Regis Samba-Kounzi
INSIDE
Dans les années 60, l’activiste Afro-Américaine Assata Shakur disait, afin d’encourager la résistance des minorités noires aux Etats-Unis : « Nous devons être des armes de construction massive, les artilleurs d’un puissant amour. Il ne suffit pas de changer le système. Il importe de nous changer nous-mêmes. » Quelques décennies plus tard, sur un continent africain confronté au défi de la lutte contre le sida, les communautés qui paient un lourd tribut à la maladie pourraient reprendre mot pour mot cet appel.

« Inside » est un projet photographique qui soulève une réflexion sur la reconnaissance des pairs éducateurs, acteurs clés qui luttent contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique.

Quand on se penche sur l’histoire des épidémies, ce n’est pas la première fois que le monde est aussi durement touché. L’humanité est arrivée à bout de l’épidémie antique de variole également appelé la « peste de Cyprien », qui fit rage en 270 après JC et coûtait la vie, à l’époque, à environ 5000 personnes par jour à Rome. Toutes les parties furent concernées jusqu’en 1977, de l’Afrique ou de l’Asie à l’Europe en passant par les Caraïbes et les Amériques. Le diacre Pontius, qui a servi sous Cyprien, évêque de Carthage, écrivit au sujet de la peste : « Tous tremblaient, fuyaient, évitaient la contagion, abandonnant de façon impie leurs propres amis, comme si, en excluant la personne qui était sûre de mourir de la peste, on pouvait exclure la mort elle aussi. » L'éradication globale de la maladie fut certifiée par une commission d'experts le 9 décembre 1979 et déclarée officiellement par l'OMS le 8 mai 1980.
 
Et comme pour la « peste de Cyprien », un seul mot décrit le sentiment de ceux qui, veulent agir contre l’épidémie : l’urgence. C’est cette même urgence que l’on voit à l’œuvre aujourd’hui, sur le continent africain, et les pairs éducateurs sont la pierre angulaire d’une lutte qui se joue d’abord dans leur quotidien et parfois dans leur chair. Les pairs facilitent la remise en question, permettent la discussion et alimentent ainsi un dialogue essentiel. Elles et ils œuvrent pour la prévention, le dépistage et l’éducation en faveur de toutes les populations ; et en particulier celles qui sont le plus vulnérables et les moins informées. 

Aucune autre pathologie n’a, autant que le sida, été un révélateur de tous les dysfonctionnements de la société, au niveau, notamment, des inégalités sociales, de l’éducation, du système de santé, des minorités et de la stigmatisation. Selon, les contextes, les situations sont très différentes en terme d’accès aux services de santé et de prise en charge médicale. L’un des cas le plus préoccupant concerne le pays de Patrice Lumumba, où le taux de prévalence est très élevé. En effet, en République Démocratique du Congo le manque de volonté politique et la prise en charge tardive des populations dite « clés », ont été des obstacles considérables dans la lutte contre la pandémie.

Au Cameroun, sous la pression, le pays a partiellement réussi à faire baisser le taux de prévalence. Mais pour l'association Alternative Cameroun et la Society for Women and Aids in Africa (SWAA) entre autres, l’approche communautaire à travers une société civile bien organisée et engagée est indispensable pour une bonne contribution aux efforts des agents de santé.

La Côte d'Ivoire semble donner le bon exemple même si des efforts restent à réaliser. Mais grâce à la prise en compte du travail des acteurs de prévention, notamment avec le soutien du monde communautaire, la clinique « Confiance », Alternatives Côte d’Ivoire, et les autres associations, le pays a su prendre à sa mesure les défis sanitaires posés par l'épidémie et améliorer les conditions de vie des populations.

Cette galerie de portraits de Régis Samba-Kounzi, portée par une esthétique de la plasticité et de la combativité, rend hommage et justice aux pairs, ces héros. Ces photos révèlent une Afrique combative, en rupture avec les représentations dominantes souvent misérabilistes. Elles rappellent que les militants et acteurs des pays africains seront toujours les mieux placés pour nommer les obstacles à leur propre bien-être.

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"Si je suis entrain de mourir de quelque chose, c'est d'homophobie. Si je suis entrain de mourir de quelque chose, c'est de racisme."

Vito Russo, manifestation d'ACT UP devant le département de la santé d'Albany, Etat de New York, 9 mai 1988
https://www.youtube.com/watch?v=e4ctXqdoVwk
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